Pions doublés

Le diagramme ci-dessous montre la structure de pions d’une ouverture bien connue, caractérisée par les pions doublés sur la colonne c. Sur le plan positif, le pion c6 constitue une partie utile de cette structure en protégeant la case centrale d5 qui, sinon, aurait été une case faible. De plus, en reprenant en c6, les Noirs ont ouvert la colonne b qui pourra être utilisée pour exercer une contre pression sur l’aile-Dame ennemie. Sur le plan négatif, le bloc de pion c7, c6 et d6 ne pourra guère avancer sans affaiblir les cases voisines. Il sera difficile d’améliorer la structure de pions d’autant plus que l’échange en c6 laissera une faiblesse potentielle  dans le pian a7 isolé et exposé à une attaque. Voyons comment le grand Capablanca exploite ce genre de faiblesses.

Pour évaluer la faiblesse des pions doublés , il est nécessaire de différencier deux cas : 

  • quand le pion fait partie d’un groupe compact, ils peuvent être défendus plus facilement. Leur faiblesse réside dans leur avance, ne pouvant défendre certaines cases alentour et dans le peu d’utilité du pion le plus arriéré. L’adversaire peut aussi provoquer une rupture pour dissocier les pions par la poussée d5 (diag.1).
  • quand les pions sont doublés et isolés : sans l’appui d’autres pions sur les colonnes voisines pour les appuyer. Ils sont plus difficiles à défendre qu’un simple pion isolé, le plus avancé ne peut recevoir de l’aide de l’arrière, la colonne étant obstruée par son compagnon.


diag. 1


Capablanca, J. – Janowski, D. 1914


Polugaevski, L. – Zaitsev, A. 1969


Pions doublés et isolés

Zaitsev reste avec les pions doublés sur la colonne c. Les Blancs ont clairement un avantage d’espace mais le pion c est bien défendu et gardant un œil sur la case d5. Le problème des Noirs est inhérent aux pions doublés : leur mobilité limitée, en avançant … c5 ou … d5, la position noire devient poreuse. Les pions doublés sont forts quand ils sont à leur position initiale. Leur avance est périlleuse. Elle doit donc être préparée car elle et va causer des faiblesses sur les cases voisines.

 

Comme pour un quelconque pion isolé la case devant le premier pion doublé sera faible et pourra servir d’avant-poste pour une pièce ennemie, particulièrement le Cavalier. Si en plus, la colonne est semi-ouverte, la tâche de défendre les pions doublés devient quasiment impossible comme dans la partie Taimanov, M. – Suetin, A. 1954.
Les avantages des pions doublés
La partie Taimanov, M. – Suetin, A. a bien montré la faiblesse des pions doublés et isolés sur une colonne ouverte que l’adversaire peut utiliser très avantageusement pour les attaquer. Quand une telle colonne n’existe pas, les pions seront moins exposés. Botvinnik dans les parties suivantes démontre que la faiblesse positionnelle des pions doublés peut avoir une moindre importance si l’adversaire ne sait pas trop comment s’y prendre pour les attaquer. Les facteurs dynamiques peuvent alors compenser largement les faiblesses.Contre Ilya Kan, Botvinnik occupera par une ingénieuse manœuvre la case d5 avec son Fou sans que son adversaire puisse lui opposer aucune pièce.Dans sa partie contre Chekhover, Botvinnik n’a plus l’avantage de la paire de Fous, mais avec un plan similaire, il utilisera la case d5 pour s’assurer de la possession de la colonne ouverte.


Botvinnik,M. – Panov,V. 1939


Botvinnik,M. – Kan,I. 1939 


Botvinnik,M. – Chekhover,V. 1938


Smyslov,V. – Uhlmann,W. 1966 
Botvinnik contre Panov a échangé, ouvrant le centre pour valoriser la paire de Fous. Par ailleurs, d6 devient faible et la case d5 sera un excellent avant-poste pour le Cavalier blanc solidement défendu par le pion doublé le plus avancé. Les pions doublés blancs peuvent à peine être qualifiés de faibles dans la mesure où les Noirs ne peuvent pas les attaquer. 

Une autre bonne raison d’accepter parfois les pions doublés est de faire main basse sur les colonnes ouvertes qu’ils provoquent. Smyslov, dans cette variante de la Défense Française, accepte un pion triple pour ouvrir le jeu pour sa paire de Fous et exercer une pression sur une colonne semi-ouverte.

 

Les Avantages des Pions Doublés

Dans la majorité des cas, les pions doublés sont une faiblesse, mais dans certaines situations cette faiblesse est insignifiante. La création des pions doublés, résultant de l’échange de pion aura comme autre conséquence l’ouverture d’une colonne adjacente et offrira en compensation des possibilités d’attaque qui pourront peuvent l’emporter sur la faiblesse des pions. Dans la partie PerunovicBrkic, les Noirs ne peuvent échanger immédiatement le Fou contre le Cavalier pour doubler les pions blancs car l’ouverture de la colonne f permettrait l’attaque du pion f7.

Si le pions doublés ne sont pas poussés inconsidérément, ils ne sont pas une proie si facile, ils peuvent conserver leur stabilité et leur fermeté statiques. De même les faiblesses qu’ils  occasionnent autour d’eux ne peuvent pas toujours être exploitées de manière violente par l’adversaire. Dans la partie SpasskyKortschnoj, les Blancs acceptent les pions doublés trouvant une compensation des dommages causés à la structure de pions dans la pression exercée sur la colonne b ouverte et sur la grande diagonale h1-a8 et dans un centre de pions flexible.


Perunovic, M. – Brkic, A. 2010


Anand, V. – Karpov, A. 1991


Spassky, B. – Kortschnoj, V. 1977


Keres, P. – Reshevsky, S. 1963

Anand, comme Smyslov, dans sa partie contre Karpov, utilise une manœuvre similaire qui va lui permettre, en outre de chasser une pièce ennemie d’une case forte.

 

 

Nous rencontrerons le plus souvent des pions doublés en c3, c6, f3 et f6, sur les cases où peuvent s’échanger les Fous contre les Cavaliers. Ces pions font partie de la masse de pions centraux, ils peuvent donc ne pas être si faibles. Bien qu’ils paraissent quelque peu patauds, les pions doublés sont cependant mobiles et il est bon de la garder à l’esprit.

 

 

Les Pion Doublés doivent rester unis

Les pions doublés comme nous l’avons vu dans les exemples précédents ne sont pas toujours faibles particulièrement quand ils restent unis. Le joueur qui les possède doit, cependant, veiller à leur défense correcte et les maintenir liés. La compensation à la création de pions doublés est le plus souvent la paire de Fous, le joueur avec une telle structure de pions doit éviter d’échanger les pièces et d’entrer en finale, la  finale accroît la faiblesse des pions doublés et isolés. L’adversaire, lui devra provoquer la rupture pour désagréger le bloc de pion. Vitaly Tseshkovsky dans sa partie contre le tout jeune Kasparov par une poussée sacrifice de pion centrale réalise la rupture du bloc de pion, cette fois-ci situé à l’aile-Roi :18. d5! La case d5, non protégée par un pion blanc, serait un excellent avant-poste pour le Cavalier noir. L’avance d5 provoquant l’échange de pion laissera la case occupée moins efficacement par un pion noir. Cette poussée, également, active les pièces blanches.

Simagin, V. – Keres, P. 1963
.  Boleslavsky Fine,R. 1945
Tseshkovsky, V. – Kasparov, G.  1978

Nimzowitsch, A. – Johner, H.  1931
Voyons comment procède Simagin dans sa partie contre Paul Keres : 9. e5!Dans la même configuration de pions, la rupture pourrait s’effectuer au moyen de la poussée 11. c5 ce que réalise Boleslavsky dans sa partie contre Reuben Fine, l’auteur de l’incontournable Les Idées Cachées dans les Ouvertures d’Échecs.

Quand le bloc de pions doublés n’a pas encore bougé, il peut être relativement solide. Qu’il avance ne serait-ce que d’une rangée vers l’avant et la position devient fragile et pourra être plus facilement attaquée par l’ennemi. Dans la partie Nimzowitsch, A. – Johner, H. les Noirs ont joué l’ouverture superficiellement, développant la Cavalier de la Reine trop rapidement  permettant les pions doublés sur la colonne c. La cible pour les Blancs est le pion c5. Un pion doublé sur la cinquième rangée est une cible facile et vulnérable.

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