Le Zugzwang

Le terme zugzwang signifie un « coup contraint » au sens d’« être obligé de jouer » et non au sens qu’il n’y a plus qu’un seul coup jouable (auquel cas on utilise le terme « forcé » et non zugzwang).

Ce terme vient de l’allemand Zug, « coup », et Zwang, « contrainte ». Le zugzwang est également un concept important dans les autres jeux qui, comme les échecs, n’autorisent pas à « passer son tour », tels que le jeu de dames, d’Othello, d’Awélé, de Nim ou encore de Bagh Chal.

Lors d’un problème d’échecs et d’une fin de partie, « être en zugzwang » se rapporte à la situation d’un joueur obligé de jouer un coup qui lui fera nécessairement perdre ou dégrader sa position ; s’il avait le droit de ne pas jouer à ce tour, le camp en zugzwang n’affaiblirait pas sa position. Le fait d’avoir le trait constitue alors un désavantage car, durant un zugzwang, tous les coups possibles entraînent un dommage sur l’échiquier. Dans ce sens, le terme « zugzwang » a la même signification que le « blocus » dans la composition échiquéenne.

Le zugzwang intervient surtout dans les fins de parties où c’est un thème très courant. Un exemple typique est l’opposition des rois dans les finales de pions.

Trait aux Blancs1.e3 !

Dans la position du diagramme ci-dessus les Noirs ont pris l’opposition, c’est à dire que le roi noir s’oppose à l’avancée du roi blanc qui veut avancer pour contrôler la case de promotion e8. (Le roi noir contrôle d5/e5/f5 interdisant la progression du roi blanc). Le problème est que les blancs en jouant 1.e3! donnent le trait à un roi noir qui ne veut pas jouer. Les noirs perdent l’opposition défensive et les blancs gagnent (le roi blanc pourra progresser et à terme contrôler la case de promotion e8).

La partie immortelle du Zugzwang est une partie d’échecs jouée en mars 1923 entre Friedrich Sämisch et Aaron Nimzowitsch lors du tournoi de Copenhague qui se conclut par une situation extrêmement rare : en plein milieu de partie, tous les coups que Sämisch pouvait jouer détérioraient sa position. D’après Nimzowitsch, cette situation entre dans la définition du zugzwang, un point de vue contesté par d’autres auteurs. Le qualificatif immortelle est une référence à la partie immortelle (Anderssen-Kieseritzky, 1851).

1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cf3 b6
Ces coups caractérisent la défense ouest-indienne, très moderne pour l’époque et caractéristique du jeu de Nimzowitsch.
4.g3 Fb7 5.Fg2 Fe7 6.Cc3 O-O 7.O-O d5 8.Ce5 c6 9.cxd5 cxd5 10.Ff4 a6
Fidèle à son système, Nimzowitsch accorde une importance particulière à la prophylaxie : contrer les menaces adverses, même si elles ne sont que latentes, avant d’en préparer soi-même.
11.Tc1 b5 12.Db3 Cc6 13.Cxc6 Fxc6 14.h3 Dd7 15.Rh2 Ch5!
À partir de ce stade de la partie, tous les coups de Nimzowitsch restreignent l’activité des pièces blanches, au point de les obliger à reculer jusqu’à la première rangée.
16.Fd2 f5 17.Dd1 b4 18 Cb1 Fb5 19 Tg1 Fd6 20 e4 fxe4!
Ce coup sacrifie un cavalier contre deux pions.
21.Dxh5 Txf2 22.Dg5 Taf8
L’idée du sacrifice est maintenant claire : les noirs doublent les tours sur la colonne f, ce qui leur donne un avantage bien plus important que le petit déficit de matériel qu’ils ont concédé.
23.Rh1 T8f5 24.De3 Fd3
Ce coup enlève la case c2 à la tour et b3 à la dame. Maintenant, les noirs menacent de gagner la dame par Te2, ce qui force le coup blanc suivant.
25.Tce1

25…h6 0-1

Dans la position finale, Sämisch ne dispose d’aucun coup évitant une perte rapide de matériel.

D’après l’historien des échecs Edward Winter, cette partie passe inaperçue lors du tournoi de Copenhague. Richard Teichmann l’inclut dans le livre du tournoi, mais sans la faire sortir du lot. Il était courant à cette époque de décerner des prix aux plus belles parties, mais celle-ci n’en remporte aucun. C’est Nimzowitsch qui fait connaître sa propre partie, via un article dans le Wiener Schachzeitung en 1925, puis, la même année, son premier livre Die Blockade. Il s’y décerne lui-même des doubles points d’exclamation et des commentaires élogieux et trouve le nom Immortelle du Zugzwang. C’est à partir de là que les autres journalistes et commentateurs échiquéens reprennent la partie sous ce nom.

Le terme de zugzwang était, à cette époque, assez flou. Selon les critères stricts retenus par des auteurs comme Andrew Soltis et Wolfgang Heindenfeld, lorsqu’un joueur est en zugzwang, il est forcé de jouer un coup immédiatement perdant. Ici, Sämisch pouvait rendre du matériel et garder une position, certes très inférieure, mais pas encore totalement désespérée.

Trait aux Blancs

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