Le calcul

L’analyse est la plus grande des capacités aux échecs. Elle s’articule en deux temps et dans l’ordre; le calcul et l’évaluation. Le calcul qui est l’objet de cet article, permet d’anticiper une séquence de coups (ligne de calcul). En effet un coup entraîne un coup adverse qui lui-même entraîne une  réponse, cette dernière entraînant à nouveau un coup adverse et ainsi de suite … Voilà pour le calcul et bien évidemment cette marche à deux a une fin (fin de la variante) qui nécessite une évaluation. Cette position finale, est-elle favorable aux Blancs ou aux Noirs, voilà la question ? Pour l’évaluation, reportez-vous à l’onglet « estimer une position » où j’expose tous les points à considérer afin d’évaluer au mieux une position.  

Pour un joueur débutant, trouver le coup adverse relève de la magie et se résume à cette question : mais comment puis-je deviner le coup de mon adversaire ? Je comprends tout à fait cette réaction si naturelle. Quiconque débute et prend conscience de la nécessité du calcul sera confronté à ce mystère !

La réponse est très simple : la logique interne ! Cette dernière de fait est féroce et omniprésente. Elle est insoupçonnable pour qui débute. Toutefois elle constitue un point  absolument nécessaire à travailler, et à maîtriser. Cependant on ne peut pas la saisir et la développer rapidement car elle nécessite un travail de longue haleine. Alors il faut commencer immédiatement et se familiariser au plus vite avec cette capacité fondamentale.

« Avec le bagage technique (connaissances théoriques) on ne devient pas un joueur d’échecs, par-contre avec les capacités et notamment l’analyse (Calcul:Estimation) on en devient un à coup sûr ».

Elles permettent l’essentiel, « la prise de décision » !

« On peut le dire autrement : l’analyse (Calcul/Evaluation) permet la prise décision, alors que l’inverse n’est pas vrai ! »

Travaillez régulièrement l’analyse et la découverte progressive de la « logique interne » (nécessaire au calcul) et tout ceci se mettra en place doucement; cela doit constituer votre pain quotidien.

« Jouer aux échecs c’est analyser toujours et sans cesse !»

Le débutant joue et « advienne que pourra ». Il va de coup en coup sans se soucier de la position finale. Il aura même du mal à savoir que la ligne de calcul s’est terminée et encore moins savoir si la position résultante lui est favorable ou pas ! Cependant, il doit acquérir et maîtriser l’analyse. L’objectif est de voir avant de jouer le premier coup, la position qui en découlera et bien sûr l’évaluer. Il pourra donc prendre une décision saine et éviter toute mauvaise surprise !

« Comment développer le calcul ? »

Avant de vous proposer quelques points méthodologiques , il est important de prendre conscience des difficultés liées à cet exercice.

Les difficultés

1ère difficulté : Nommer les coups blancs et les coups noirs ! Cela parait idiot mais cela se confirme dans les cours débutants. Ces derniers ont tendance à ne nommer que leurs  propres coups en occultant plus ou moins les coups adverses !!

2è difficulté : Trouver le coup de l’adversaire qui sera utile à lui et pas à vous (le coup qu’il doit jouer) et non pas lui prêter un coup qui ferait votre affaire. Il faut faire attention car ce processus est souvent inconscient. Par la pratique il faut développer un haut niveau d’altérité, ce qui n’est pas simple.

« Il ne faut pas se mettre à la place de l’adversaire il faut être l’adversaire ! »

3è difficulté : La maîtrise du calcul c’est aussi aller jusqu’au bout de la variante !

« On s’arrête toujours trop tôt »

4è difficulté : « Le sens de l’urgence ». A quoi sert de maîtriser le calcul si on ne le lance pas dans la bonne direction, il faut acquérir au plus tôt le sens de l’urgence !

« çà-se passe où ? »

Les conseils 

Conseil 1 : Lorsque vous calculez une séquence de 4 coups par exemple (soit 8 demi coups) mentalement donc et que vous jouez le premier coup (demi coup) ne jouez pas toute la séquence sans la vérifier à chaque coup joué sur l’échiquier. Ne sur-estimez pas votre force de calcul (orgueil). C’est à dire que quand vous jouez votre demi coup, vous l’avez sur l’échiquier et il est plus facile de vérifier votre séquence initiale avec N-0,5 coup. Lorsque votre adversaire joue reconsidérez-votre séquence initiale encore une fois et là vous êtes à N-1 Etc… 

Conseil 2 : Lorsque votre adversaire sacrifie du matériel, vous devez impérativement vérifier son sacrifice. Inconsciemment ou pas vous pouvez vous dire : S’il sacrifie c’est qu’il a tout vérifié ! Qui vous dit qu’il a vérifié ? Qui vous dit qu’il a bien vérifié ? Qui vous dit que ce n’est pas un sacrifice purement spéculatif  ?

Tal ne disait-il pas : « sacrifiez, vous calculerez après ! »

Qui vous dit qu’il sait qu’il a sacrifié ? Vous n’avez pas le choix, vous devez vérifier c’est quand même l’occasion de gagner du matériel ! Si vous n’arrivez pas à vérifier la correction du sacrifice, vous êtes libre de la décision.

Un vieux dicton dit cependant :  » Prenez… si le sacrifice est faux vous gagnerez du matériel, si le sacrifice est correct vous gagnerez en expérience ! »

Conseil 3 : N’hésitez pas à multiplier les répétitions afin d’être sûr de votre décision surtout si vous décidez de sacrifier !

Conseil 4 : Attachez -vous à voir la position finale, c’est mieux que de la visualiser ! Essayez de voir les pièces et les cases dans leur forme et matière spécifique comme si vous aviez « physiquement » la position sous les yeux. 

Conseil 5 : N’hésitez pas à « dire mentalement » (en compétition on ne parle pas) la position de chaque pièce et chaque pion.

Conseil 6 : Lorsque vous travaillez le calcul, prenez l’habitude de calculer vite !

« Le calcul c’est comme les échecs; c’est vite et bien au pire bien et vite ! »

Conseil 7 : Travaillez régulièrement. Je sais c’est banal mais c’est vrai !

 » Je préfère du banal vrai que de l’original faux »

 

 

« Méthodes et Exercices pour développer le Calcul »

Méthode 1 

« Conscientiser ses lignes de calcul »

L’idée générale est de comparer ce qui est pensé (Calcul mental) avec ce qui existe réellement (Position qui résulte du calcul). Il y a souvent un différentiel plus ou moins important entre ce qui est pensé et ce qui est conscientisé. Le fait de noter ou de verbaliser le calcul, permet de conscientiser ces lignes et ainsi de mieux voir la position finale. 

Premier exercice

Verbaliser à voix haute votre ou vos lignes de calcul. Et essayer de visualiser (voir) la position finale. Vous pouvez aussi continuer ce travail en verbalisant la position de chaque pièce et chaque pion.

Deuxième exercice

Faites la même chose en notant votre ou vos séquences de coups. N’oubliez pas les sous-variantes. En écrivant votre calcul, vous vérifierez visuellement si vous n’omettez pas un ou plusieurs coups.

« Souvent le calcul commence bien mais s’étiole vers la fin  et finit souvent par « derrière la boulangerie et à côté de l’église » ! »

Troisième exercice

Fusionner les deux premiers exercices.

Commencez à dire à voix haute votre séquence et notez la ensuite.

Vérifiez, comparez votre résultat avec un logiciel !

Utiliser ces trois exercices qui n’en sont qu’un seul, dans les contextes suivants.

  • Les mats:  A certains égards c’est plus simple car ne nécessite pas d’évaluation et ce travail spécifique est bien nécessaire. Mater c’est quand même le but du jeu !
  • Les thèmes tactiques : faire attention aux différentes variantes et aux thèmes pièges, le plus vicieux étant le coup intermédiaire, l’échange intermédiaire, l’échec intermédiaire, qui en a tué plus d’un !  Faites attention aussi aux coups invisibles (Cf « Les coups invisibles aux échecs » de Afek et Neiman. Editions Payot). 
  • Les séquences stratégiques: C’est le cas le plus fréquent, le plus subtil et le plus délicat, car il nécessite une bonne capacité d’évaluation. Il faut entendre par séquence stratégique, tout simplement une prise de décision (jouer un coup qui génère une séquence ou ligne de calcul).

Méthode 2

« Conscientiser ses lignes de calcul »

L’idée générale est de comparer ce qui est pensé (Calcul mental) avec ce qui existe réellement (Position qui résulte du calcul). Il y a souvent un différentiel plus ou moins important entre ce qui est pensé et ce qui est conscientisé. Le fait de noter ou de verbaliser le calcul, permet de conscientiser ces lignes et ainsi de mieux voir la position finale. 

Première exercice

Verbaliser à voix haute votre ou vos lignes de calcul. Et essayer de visualiser (voir) la position finale. Vous pouvez aussi continuer ce travail en verbalisant la position de chaque pièce et chaque pion.

Deuxième exercice

Faites la même chose en notant votre ou vos séquences de coups. N’oubliez pas les sous-variantes. En écrivant votre calcul, vous vérifierez visuellement si vous n’omettez un ou plusieurs coups. Souvent le calcul commence bien mais s’étiole vers la fin  et finit souvent par « derrière la boulangerie et à côté de l’église » !

Troisième exercice

Fusionner les deux premiers exercices.

Commencez à dire à voix haute votre séquence et notez la ensuite.

Vérifiez, comparez votre résultat avec un logiciel !

Utiliser ces trois premiers exercices qui n’en sont qu’un seul, dans les contextes suivants.

  • Les mats:  A certains égards c’est plus simple car ne nécessite pas d’évaluation et ce travail spécifique est bien nécessaire. Mater c’est quand même le but du jeu !
  • Les thèmes tactiques : faire attention aux différentes variantes et aux thèmes pièges, le plus vicieux étant le coup l’échange, l’échec intermédiaire, qui en a tué plus d’un !
  • Les séquences stratégiques: C’est le cas le plus fréquent, le plus subtil et le plus délicat, car il nécessite une bonne capacité d’évaluation. Il faut entendre par séquence stratégique, tout simplement une prise de décision (jouer un coup qui génère une séquence ou ligne de calcul).

 

La théorie des coups candidats. 

Kotov est connu pour avoir lancé la notion de coups-candidats. Soyons simple un coup candidat est un coup que l’on estime jouable. En général il y a quelques coups candidats entre un et cinq à peu près. Un joueur débutant verra un seul coup, le vérifiera plus ou moins et le jouera allègrement, ce qui représente un mauvais comportement. Sauf exception il y a le plus souvent plusieurs coups.

1/Commencez par énumérer les coups candidats, jouables.

2/Hiérarchisez-les. Un joueur expérimenté aura l’intuition (vérifiée ou pas selon les cas) du meilleur coup, ce qui facilitera ce travail de hiérarchisation.

3/Passez à l’analyse. 

                – Coup candidat 1 : Calcul évaluation.

              – Coup candidat 2 : Calcul évaluation.

              – Coup candidat 3 : Calcul évaluation.

              – Etc…

4/ Jouez le coup choisi (qui a la meilleure évaluation).

C’est la méthode, elle est difficile et coûte en énergie et en temps, mais elle est selon moi incontournable. Si vous ne la respectez pas vous passerez votre temps à osciller entre plusieurs coups sans vraiment aller jusqu’au bout de chaque calcul avec des évaluations plus ou moins floues. Tout ce tâtonnement débouchera sur une prise de décision plus ou moins approximative.

Dans « Pensez comme un grand Maître » et afin d’illustrer cette « méthode des coups candidats », Kotov propose la position suivante, tirée d’une partie entre Rossolimo et Nestler jouée à Venise en 1950, Kotov distingue les cinq coups-candidats suivants après 24. Dh5! :

Hiérarchisation

  • 24…Rh8
  • 24…f5
  • 24…Fxd5
  • 24…Tae8
  • 24…Tfe8

Calcul

  • 24…Rh8 25. Fc5! De6 26. Fe7!!
    • 26…Fxd5 27. exd5
    • 26…Tg8 27. Fxf6+ Tg7 28. Dg5 Tg8 29. Ce7!
  • 24…f5 25. Fc5 De6 26. Dg5+
  • 24…Fxd5 25. exd5
    • 25…Tfe8
    • 25…Tfd8
    • 25…Tfc8
    • 25…f5 26. Fxf5
      • 26…Tfc8
      • 26…h6
    • 25…e4
  • 24…Tae8 25. Fc5
    • 25…De6
    • 25…Dd8 26. Fxf8
      • 26…Txf8
      • 26…Fxd5
  • 24…Tfe8 25. Fc5 Dd8 26. Fb6! Dd6 27. Fc7! Df8 28. Cxf6+ Rg7 29. Fd6!
    • 29…Dxd6 30. Dg5+
      • 30…Rf8 31. Cxh7+
      • 30…Rh8 31. Dh6 Dxf6 32. Dxf6+ et 33. Dxc6
    • 29…Te7 30. Fxe7 Dxe7 31. Dxh7+ Rxf6 32. Dh6#.

 

Kotov ne parle pas des évaluations !!

Afin d’éviter le zeitnot, Kotov recommande de n’étudier chaque branche de l’arbre de calcul qu’une seule fois (mais en profondeur), lorsqu’on a commencé à l’explorer : il faut selon lui pousser l’analyse jusqu’à son terme pour ne plus y revenir ensuite. Voici en contrepoint le témoignage de Conel Hugh O’Donel Alexander, qui fut considéré de 1937 jusqu’au milieu des années 1950 comme le meilleur joueur de Grande-Bretagne : « J’analyse la ligne A ; elle ne me plaît guère ; je la laisse au milieu et regarde la B que j’abandonne aussi en cours de route ; j’ai un bref éclair sur A ; ensuite, je regarde C et D ; je reviens à A, puis à C, puis à B, et je plonge dans un état de complète incertitude ; je regarde A, B, C et D plus ou moins simultanément ; je jette un coup d’œil à la pendule et découvre que j’ai pris vingt minutes ; je pense qu’il faut jouer ; je joue une ligne E, que je n’ai précédemment pas examinée, après une trentaine de secondes de réflexion, et je passe le reste de la partie à le regretter. »

On ne sait pas si Kotov a lui-même pensé de cette manière aussi systématique. De plus sa méthode est sujette à controverses. En particulier, Michael de la Maza souligne qu’il n’existe pas d’algorithme spécifique pour identifier les coups-candidats, et que la méthode de sélection des coups de Kotov revient à peu près à la phrase suivante : « S’il y a une combinaison qui gagne en cinq coups, jouez cette combinaison. »

Fred Reinfeld avance quant à lui une piste de réflexion : il faut chercher une réfutation tactique quand l’adversaire s’est mis dans une position qui sort des normes ordinaires. Sa phrase est : « lorsque vous rencontrez une position qui contient des éléments qui sortent décidément de l’ordinaire, alors il est très probable que vous pouvez jouer des coups qui, eux-aussi, sortent décidément de l’ordinaire »

Concernant les commentaires ci-dessus que je trouve plus ou moins loufoques, je pense que les Grands Maîtres sont proches, voire très proches de la méthode des coups candidats, avec un respect strict de la procédure. Certes dans certains cas le joueur prendra plus ou moins de distance avec cette dernière, par exemple en Zeitnot où le temps manque (D’où l’intérêt de maîtriser le Blitz), ou alors jouer un coup purement intuitif (avec sa marge d’erreur mais aussi sa marge de génie, à la Tal !!) ou dans le cas du louvoiement où les coups sont joués sans suite particulière « histoire de voir ce que joue l’adversaire ». Le Noble Jeu permet tellement de comportements spécifiques !

Validation d’un coup

Jouez le coup qui obtient à vos yeux la meilleure évaluation !

Régalez vous avec Kasparov qui calcule. La particularité de cette position issue du Match contre Karpov avec une apothéose Espagnole est que le calcul si complexe soit t’il, est aidé par le fait que les différentes lignes sont linéaires. Ce qui, sans vouloir diminuer la performance, facilite le travail !

Quelques citations qui peuvent sans doute aider !

« La moitié des variantes calculées dans une partie de tournoi s’avèrent complètement superflues. Malheureusement, personne ne sait à l’avance quelle moitié. » Jan Timman

« J’ai une règle d’or pour mes élèves : « Si vous ne savez pas quoi faire, améliorer le(s) Cavalier(s) ». » Viktor Bologan

« Les coups candidats doivent être déterminés immédiatement et énumérés avec précision. Ce travail ne doit pas être fragmenté en considérant un coup, pour ensuite en chercher d’autres. Alexander Kotov

« Lorsque  vous regardez des variantes compliquées, vous ne devez calculer chaque branche de votre arbre de calcul qu’une fois et une seule. » Alexander Kotov