Attaque Torre

L’attaque Torre tire son nom du joueur mexicain Carlos Torre.

Elle s’obtient après les coups blancs d4, Cf3 et Fg5

Attaque Torre.

Un ordre de coups possible est 1.d4 Cf6 2.Cf3 e6 3.Fg5 (voir diagramme), comme dans la fameuse partie dite dumoulin à vent Carlos TorreEmanuel LaskerMoscou1925 (voir à Carlos Torre). Le système de coups d4 + Cf3 + Fg5 peut être joué contre …e7-e6 ou …g7-g6, ce qui en fait un système permettant d’éviter ce qu’on appelle les défenses indiennes après 1…Cf6 (Défense nimzo-indienneDéfense est-indienne, etc.), et il peut même être joué contre …d7-d5. Si …d7-d5 est joué, le coup blanc c2-c4 fait sortir du cadre de l’attaque Torre : on rentre alors dans un gambit Dame par transposition.

Le code ECO associé à la variante 1) d4 d5 2) Cf3 Cf6 3) Fg5 (variante Tartacover de l’attaque Torre) est D03.

L’attaque Torre est facile à jouer pour les Blancs, ce qui en fait une très bonne arme. Dans son recueil de textes et témoignagesPetrosian’s Legacy, le champion du monde Tigran Petrossian rapporte qu’il a trouvé dans l’attaque Torre une ouverture de choix, lui qui était mal à l’aise lorsqu’il devait faire face à la défense nimzo-indienne et à la défense ouest-indienne (il est de notoriété publique que Petrossian n’aimait pas étudier les ouvertures en profondeur).

Carlos Torre Repetto (23 novembre 1905 – 19 mars 1978 à MéridaYucatánMexique) est un grand maître mexicain du jeu d’échecs.

Torre a remporté le championnat de la Louisiane à La Nouvelle-Orléans en 1923. Il termine premier à Détroit en 1924, suivi par Samuel Factor, Hahlbohm, Norman Whitaker,Samuel Reshevsky, etc. et à Rochester en 1924. La même année, il se classe troisième à New York (derrière Abraham Kupchik). En 1925, il se classe 10e au tournoi de Baden-Baden (remporté par Alexandre Alekhine) et 3e4e avec Frank Marshall, derrière Aaron Nimzowitsch et Akiba Rubinstein, à Marienbad. Toujours en 1925, il est 5e6e avec Xavier Tartakover à Moscou (remporté par Efim Bogoljubov) et 2e3e à Leningrad. L’année suivante il partage la 2e place avec Geza Maroczy, derrière Marshall à Chicago. En 1926, il remporte le tournoi de Mexico devant Jose Joaqin Araiza.

Il a laissé son nom à une ouverture, l’attaque Torre, elle débute par les coups 1.d4 Cf6 2.Cf3 e6 3.Fg5.

Torre a aussi popularisé la défense mexicaine au cours d’un match contre Friedrich Sämisch en 1925 à Baden-Baden. Cette défense est caractérisée par les coups 1.d4 Cf6 2.c4 Cc6. Torre n’a plus utilisé cette variante ensuite, mais elle n’a pas été réfutée.

Torre a reçu rétrospectivement le titre de grand maître international de la Fédération internationale des échecs en 1977 pour ses résultats des années 1920.

Le Mémorial Torre est organisé en son honneur.

Le moulinet

Torre-Lasker, Moscou, 1925

 Torre Lasker 1925
Position après 24…Db5

Au tournoi international de Moscou 1925, Carlos Torre bat l’ancien champion du monde Emanuel Lasker avec un étonnant sacrifice dedame. La combinaison est passée à la postérité sous le nom de moulinet.

Torre-Lasker Moscou 1925

1.d4 Cf6 2.Cf3 e6 3.Fg5 c5 4.e3 cxd4 5.exd4 Fe7 6.Cbd2 d6 7.c3 Cbd7 8.Fd3 b6 9.Cc4 Fb7 10.De2 Dc7 11.O-O O-O 12.Tfe1 Tfe8 13.Tad1 Cf8 14.Fc1 Cd5 15.Cg5 b5 16.Ca3 b4 17.cxb4 Cxb4 18.Dh5 Fxg5 19.Fxg5 Cxd3 20.Txd3 Da5 21.b4 Df5 22.Tg3 h6 23.Cc4 Dd5 24.Ce3 Db5 (diagramme)

Carlos Torre gagne alors avec un sacrifice de dame. Sa tour et son fou font office de meule qui écrase les Noirs avec une série d’échecs et d’échecs à la découverte.

25.Ff6!! Dxh5 26.Txg7+ Rh8 27.Txf7+ Rg8 28.Tg7+ Rh8 29.Txb7+ Rg8 30.Tg7+ Rh8 31.Tg5+ Rh7 32.Txh5 Rg6 33.Th3 Rxf6 34.Txh6+ Rg5 35.Th3 Teb8 36.Tg3+ Rf6 37.Tf3+ Rg6 38.a3 a5 39.bxa5 Txa5 40.Cc4 Td5 41.Tf4 Cd7 42.Txe6+ Rg5 43.g3 les Noirs abandonnent.

Liens externes

Reyes – Vitry
Différé 3615 EE, 06-1998

1.d4 Cf6 2.Cf3 d5 3.Fg5 e6 4.e3 c5 5.Cbd2 Fe7 6.c3 Cc6 7.Fd3 cxd4 8.exd4 h6 9.Ff4 Ch5 10.Fe3 Cf6 11.Ce5! Cxe5 12.dxe5 Cd7 13.Fd4


Après 12.Fd4

13…0-0?! N Petrosian – Mecking, Wijk aan Zee 1971 continua par : 13…Cc5 14.Fc2 a5 15.Dg4 g6 16.0-0 Fd7 17.Tfe1 Dc7 18.a4! Ca6 19.De2 Rf8 20.Cf3 Rg7 21.Fe3! etc. Cette partie me servira de fil d’Ariane pour l’attaque et pour juger le contre jeu adverse.14.0-0 Dc7 15.Te1 b6 16.Dg4 Te8 17.Tad1! Le contre jeu des Noirs est limité et les Blancs terminent donc leur développement tout en contrôlant la case d3, anticipant un éventuel …Fa6. 17…Rh8 18.Te3 Cc5 19.Fc2 Tg8 20.Tf3 Tf8 21.Fe3! Dd8!? Si, 21…Dxe5 22.Txf7! Txf7 23.Dg6,etc.

 


Après 21.Dd8!?
 

22.Fxh6! gxh6 23.Th3 Fg5 24.f4 Tg8 25.Cf3 1-0 La position noire s’effondre.

Sokolov – Ki. Georgiev
Palma de Mallorca, 1989

1.d4 Cf6 2.Cf3 e6 3.Fg5 c5 4.e3 Db6 – Les Noirs profitent de la sortie du Fou pour attaquer « b2 », reste à savoir si le pion n’est pas empoisonné… – 5.Cbd2 Dxb2 6.Fd3 Cc6 Dans la partie Spassky – Osnos Léningrad, 1964 il suivit ; 6…cxd4?! 7.exd4 Dc3 8.0-0 d5 9.Te1 Fe7 10.Te3 Dc7 11.Ce5 Cc6 12.c3 Cxe5 13.dxe5 Cg8 14.Cf3 h6 15.Ff4 Fd7 16.Cd4 Fg5 17.Fxg5 hxg5 18.Dg4 Dxc3 19.Cb3 Ch6 20.Dxg5 Db4 21.Tg3 Df8 22.Tc1 f6 23.De3 f5 24.Cc5 f4 25.Fg6+ Re7 26.Da3! 1-0 Le mieux semble être 6…Db6!? 7.0-0 d5 8.Fxf6 gxf6 9.c4! – Menaçant d’ouvrir les lignes sur le Roi Noir resté au centre. – 9…Cb4 10.Fe2 Da3 11.e4! – Les Blancs sont complètement développés, alors que les Noirs ont seulement deux pièces en jeu ! –

 


Après 11.e4!

11…dxe4 12.Cxe4 Fe7 13.Dd2 Fd7 14.Df4 0-0-0 – Le Roi Noir fuit le centre, mais l’aile Dame ne semble pas un bon refuge. – 15.Cxf6 cxd4 16.Cxd4 Fc6 17.Cb5! Da5 18.Ce4 Fxe4 19.Dxf7 Td7 20.Dxe6 Fc6 21.Fg4 h5 22.Fh3 Fd8 23.Tad1 Thh7 24.a3 Cc2 25.Dg6! The7 26.Dxc2 a6 27.Ca7+ 1-0

Faisons connaissance maintenant avec l’idée de Pillsbury ; jouer Ce5 suivit de f4.

 

Mohr – Anand V.
Belgrade, 1988
1.d4 d5 2.Cf3 Cf6 3.Fg5 e6 4.e3 c5 5.Cbd2 Cbd7 6.c3 Fe7 7.Fd3 – Une formation raisonnable pour les Noirs –

 


Après 7.Fd3

7…b6 – Bien entendu, il existe beaucoup d’autres alternatives dans cette position, par exemple :
A) 7…OO 8.De2 Te8 9.Ce5 Dc7 10.f4 Tb8 11.OO c4 12.Fc2 b5 13.Tf3 Cf8 14.Th3 etc…
B) 7…h6 8.Ff4 OO 9.Ce5 Db6 10.Tb1! cxd4 11.cxd4 Cxe5 12.dxe5 Cd7 13.Dg4 +/-
C) 7…a6 8.OO OO 9.a4 b6 10.Db1 h6 11.Ff4 Ch5 12.Ce5 Cxe5 13.Fxe5 f6 14.Dd1 fxe5 15.dxe5 De8 16.g4 +/-
D) 7…c4 8.Fc2 b5 9.OO Fb7 10.Ce5 Cxe5 11.dxe5 Cd7 12.Ff4 a5 13.Cf3 +/=
E) 7…cxd4 8.exd4 OO 9.De2 b6 10.Cf1 Fb7 11.Cg3 a6 12.a4 Ce8 13.h4 avec l’attaque.
F) 7…Dc7 8.OO b6 9.De2 Fb7 10.e4 dxe4 11.Cxe4 Cd5 12.Fxe7 Rxe7 13.Tfe1 Cf4 14.De3 Cxd3 15.Dxd3 Fxe4 16.Dxe4 et le Roi noir, resté au centre est dans une situation inconfortable. – 

8.Ce5! Fb7 – 8…Cxe5 est peut-être meilleur 9.f4 0-0 10.Df3! h6 11.h4 Ce8 12.Fxh6! gxh6 13.Dh5 f5 14.g4 Cg7 15.Dxh6 Tf6 16.Cg6 – Avec la menace 17.g5 –


Après 16.Cg6

16…Txg6 17.Dxg6 Cf8 18.Dh6 fxg4 19.0-0-0 – L’avantage blanc sur l’aile roi est décisif. – 19…Cf5 20.Dh5 Cxe3 21.Tde1 cxd4 – Les Noirs pensent avoir enfin du contre-jeu en ouvrant l’aile Dame, mais les Blancs ne sont pas de cet avis ! –

 


Après 21…cxd4

22.Txe3! dxe3 23.Dxg4+ Rf7 24.Dh5+ Rf6 25.De5+ Rf7 26.Dh5+ Rf6 27.Cf3 Fd6 28.Dh6+ Re7 29.Dg7+ Re8 30.Fb5+ Cd7 31.Cg5 De7 32.Dg8+ 1-0

 


Après 32.Dg8+

A la lumière des exemples précédents, il semblerait que la structure de pions noirs « e6 » et « d5 » pose peu de problèmes aux Blancs. Pour cela peut-être, on oppose souvent une structure indienne au début Blanc.

 

Bronstein – Gufeld
Tallinn, 1981

1.Cf3 g6 2.d4 Cf6 3.Fg5 Fg7 4.Cbd2 d6 5.e4 h6 6.Fh4 g5 7.Fg3 Ch5 8.c3 e6 9.Cb3!? – Ce Cavalier va souvent en c4 – 9…Cd7 10.Cfd2 Cxg3 11.hxg3 a5 12.a4 – Les Blancs contrôlent fermement le centre et l’aile Dame. –

 


Après 12.a4

12…0-0 13.Fd3 f5 14.De2 Cf6 15.f4! gxf4 16.gxf4 Fd7 17.e5 Cd5 18.g3 De8 19.Rf2! – Le Roi est plus en sécurité içi qu’à l’aile Dame. – 19…dxe5 20.dxe5 Fxa4 – Et maintenant, comment prouver une fois de plus que le jeu d’échecs se joue avant tout pour le contrôle des cases ? –

 


Après 20…Fxa4

21.Txa4!! – Un sacrifice qui ressemble étrangement à celui de la partie, Enevoldsen,J – Nimzowitsch,A (voir ci-dessus). 21…Dxa4 22.Fb5 Da2 23.Fd7! – La suite… –23…Ta6 24.Tb1 Ce7 25.Dc4 a4 26.Cc5 Dxc4 27.Cxc4 Ta7 28.Td1! – Encore un joli coup, Bronstein prend le contrôle de l’importante colonne « d », avant de prendre le pion « e6 » –


Après 28.Td1!<

21…Tfa8 29.Fxe6+ Rf8 30.g4 b5 31.Ce3 fxg4 32.f5 g3+ 33.Rg2! – 33.Rxg3? Fxe5+ suivit de a4-a3 avec quelques chances. – 33…Cc6 34.Cd7+ Re8 35.f6 Ff8 36.Cf5 Cd8 37.f7+! Cxf7 38.Cf6++

 

Piket – J. Polgar
Bruxelles, 1987
Attaque Torre

1.d4 Cf6 2.Cf3 c5 – Joué, pour casser la solide structure de l’attaque Torre – 3.d5! b5!? 4.Fg5 Db6 5.a4 bxa4?! – Les Noirs suivent la Théorie. – 6.Cc3! – Nouveauté ! L’ECO ne donne que, 6.Fxf6?! – 6…Dxb2 7.Fd2 – Les Blancs menacent, Tb1 suivit de Cb5 –


Après 7.Fd2

7…Db7 8.e4 g6 9.Tb1 Dc7 10.e5! Cg4 11.d6 Dd8 12.Cd5 exd6 13.Fg5 f6 14.exf6 Da5+ 15.Cd2 Ce5 16.Tb5! 1-0


Après 16.Tb5!
 

Bibliographie

  • Tigran PetrossianPetrosian’s Legacy, Editions Erebouni, 1990
  • Egon VarnuszPlay anti-indian systems, Cadogan Chess Books, 1992
  • Eric SchillerHow to play the Torre attack, Chess Digest, 1996
  • Graham BurgessThe Gambit guide to the Torre attack, Gambit Publications, 1999.

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