Défense sicilienne

La défense sicilienne est une des ouvertures les plus jouées aux échecs. Populaire auprès des joueurs de tous niveaux, elle s’obtient après les coups 1. e4 c5.

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Elle appartient aux débuts semi-ouverts et est très utilisée face au coup blanc 1. e4.

L’idée principale de la défense sicilienne est d’opposer à l’avantage d’espace des blancs au centre et à l’aile roi, un contre-jeu actif à l’aile dame. Depuis plusieurs décennies, elle est très populaire, car elle offre aux noirs de réelles chances de gain, alors que d’autres ouvertures, comme la défense russe, limitent certes les chances de gain des blancs, mais offrent moins de perspectives de gain aux noirs également. De plus, la sicilienne conduit à un jeu très dynamique, ce qui plaît généralement aux joueurs de club.

De plus, elle s’impose dans tout répertoire d’ouvertures d’un joueur de première catégorie. Selon le GMI Svechnikov, « aucun joueur ne peut devenir champion du monde s’il n’inscrit pas dans son répertoire la défense sicilienne. »

Cette ouverture, l’une des plus étudiées au plan théorique, contient de très nombreuses variantes. En effet, Greco le Calabrais l’étudiait déjà au 17è siècle. Cependant, elle ne figurait pas, à la différence de la partie espagnole et de la partie italienne, dans le Traité (manuscrit) dit de Göttingen, ni – à la différence notamment de la défense française ou de la défense scandinave – dans le Traité de Lucena, deux ouvrages qui rassemblaient l’essentiel du savoir échiquéen à la fin du xve siècle. De ce point de vue, la défense sicilienne peut être considérée comme un raffinement de la théorie échiquéenne naissante à cette période.

Un peu plus d’histoire…

La défense Sicilienne fut analysée par Giulio Polerio dans son manuscrit sur les échecs de 1594, bien qu’il n’y emploie pas le terme « Défense Sicilienne ». Elle fut par la suite étudiée par les forts joueurs de l’époque : Alessandro Salvio (1604), Don Pietro Carrera (1617), Gioachino Greco (1623), et plus tard le Comte Carlo Francesco Cozio (1740). Voici l’avis qu’émettait en 1777 le grand joueur et théoricien français André Danican Philidor : « Cette façon d’entamer la partie … est absolument défensive, et est très loin d’être la meilleure … mais elle constitue un très bon moyen de tester un adversaire dont on ne connait pas la force. »

En 1813, le maître anglais Jacob Henry Sarratt officialisa sa traduction anglaise du nom de cette ouverture : il la nomma « Défense Sicilienne, » en référence à un vieux manuscrit qui employait l’expression « il giocho siciliano » (« Le Jeu Sicilien »). La Sicilienne jouit d’une assez bonne popularité pendant la majeure partie du XIX° siècle; Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais, Adolf Anderssen, Howard Staunton, Louis Paulsen et Carl Jaenisch la jouaient tous de manière assez cohérente.Dans la neuvième édition de Modern Chess Openings, Walter Korn faisait remarquer que les matchs MacDonnell-La Bourdonnais 1834, Staunton-St. Amant 1843, et le tournoi de Londres 1851, avaient été pour la Sicilienne les trois premiers grands tests pratiques, et avaient grandement contribué à son essor de popularité. » Staunton a dit de la Sicilienne : « Selon Jaenisch, l’Handbuch des Schachspiels (= manuel d’Echecs), ainsi que selon moi, il s’agit de la meilleure réponse possible à 1.e4, puisqu’elle rend impossible aux blancs la formation d’un centre de pions, et qu’elle empêche toute attaque.’ « 

La sicilienne perdit les faveurs des joueurs vers la fin du XIX° siècle, en particulier d’un certain nombre de joueurs très influents. Paul Morphy, qui était le meilleur joueur du monde vers la fin des années 1950, condamnait « ce pernicieux penchant pour la défense Sicilienne … qui avait duré environ 8 ans, de 1843 à 1851 ». Wilhelm Steinitz, le premier champion du monde, n’aimait pas la Sicilienne non plus, et lui préférait 1…e5. La mort de ses deux plus grands promoteurs, Staunton et Anderssen (respectivement en 1874 et 1879), contribua aussi à son déclin. On a dit que « ces pertes avaient presque mis la Sicilienne KO, car il s’écoula beaucoup de temps avant que des figures de pareille importance ne brandissent si haut l’étendard de la Sicilienne. » George H.D. Gossip, dans The Chess Player’s Manual, publié pour la première fois en 1874, écrivait : « Durant les années qui viennent de s’écouler, on a fait des découvertes qui ont eu pour effet de renforcer considérablement l’attaque blanche, et la « Sicilienne » est aujourd’hui considérée par la plupart des autorités modernes comme un type de défense relativement faible. » Freeborough et Ranken, dans leur traité Chess Openings: Ancient and Modern (1889, 1896), écrivaient : « [la sicilienne] a eu, à un moment donné, la réputation d’être la meilleure réponse à 1.e4, mais cette réputation ne s’est pas vue confirmée par la pratique populaire. Toutefois, plusieurs joueurs éminents s’en tiennent à l’idée qu’il s’agit d’une défense plutôt sûre ».

Au début du XX° siècle, la plupart des joueurs de premier plan continuèrent à bouder la Sicilienne. Capablanca, champion du monde de 1921 à 1927, l’accusa d’être « pleine de trous » (en parlant de la structure noire). De la même manière, James Mason écrivit : « La sicilienne s’est avérée décevante. Elle n’a désormais plus vraiment une réputation de défense de première classe… C’est trop défensif. La Sicilienne crée trop de trous dans la ligne de pions. On donne trop volontiers à l’envahisseur le contrôle des opérations, en particulier au centre. » Siegbert Tarrasch écrivait : « 1…c5 n’est sûrement pas à strictement parler correct, puisqu’il ne contribue pas au développement, et a pour seul objectif de rendre ardue la tâche des blancs d’occuper le centre. La Défense Sicilienne est un excellent choix pour un fort joueur, prêt à prendre des risques pour forcer le gain face un joueur de niveau inférieur. Cependant, face à un joueur redoutable, c’est un système voué à l’échec. »

Néanmoins, quelques joueurs de premier plan, tels qu’Emanuel Lasker (Champion du monde de 1894 à 1921), Frank Marshall, Savielly Tartakower, Aron Nimzowitsch et, plus tard, Max Euwe (Champion du Monde de 1935 à 1937) jouaient la Sicilienne. Même Capablanca et Tarrasch, en dépit des critiques qu’ils exprimaient, la jouaient eux aussi à l’occasion. En 1925, les auteurs de Modern Chess Openings (quatrième édition) écrivaient : « La sicilienne mérite, à plusieurs égards, d’être considérée comme la meilleure défense irrégulière contre 1.e4 à la disposition des noirs, et elle a été employée, avec des résultats intéressants, par les meilleurs joueurs actuels. » A cette époque, l’approche adoptée par les noirs était généralement lente et positionnelle, et les attaques blanches tous azimuts, qui devinrent communes après la seconde guerre mondiale, n’avaient pas encore été mises au point.

La flamme de la Défense Sicilienne fut plus tard ravivée dans les forties et les fifties par des joueurs comme Isaac Boleslavsky, Alexander Kotov et Miguel Najdorf. Reuben Fine, l’un des joueurs de premier plan de l’époque, écrivait en 1948 au sujet de la Sicilienne : « Les noirs renoncent au contrôle du centre, négligent leur développement, et s’infligent eux-même des positions horriblement resserrées. Qu’y a-t-il de bon à celà? Et cependant, les brillantes victoires blanches n’ont d’égales que les brillantes victoires noires; maintes et maintes fois, les noirs ont réussi à égaliser puis à prendre l’avantage. »

Plus tard, Bent Larsen, Ljubomir Ljubojevic, Lev Polugaevky, Leonid Stein, Mark Taimanov et Mikhail Tal contribuèrent tous grandement à faire de la théorie de la Défense Sicilienne ce qu’elle est aujourd’hui. Grâce aux travaux des champions du monde Bobby Fischer et Garry Kasparov, celle-ci fut finalement reconnue comme la défense qui offre aux noirs les meilleurs chances de gain face à 1.e4. Ces deux joueurs étaient des adeptes du jeu agressif et pointu et, tout au long de leur carrière, ils utilisèrent quasi-exclusivement la défense Sicilienne, ce qui explique sa réputation actuelle. Aujourd’hui, la plupart des GMs incluent la Sicilienne dans leur répertoire d’ouverture. Parmi les joueurs top-niveau qui l’emploient régulièrement, citons : Viswanathan Anand, Boris Gelfand, Vassily Ivanchuk, Alexei Shirov, Peter Svidler et Veselin Topalov. En 1990, les auteurs de Modern Chess Openings (13ème édition) remarquaient qu' »au XX° siècle, la Sicilienne était devenue l’ouverture la plus analysée et la plus jouée, que ce soit par les joueurs de club ou par les maîtres. » En 1965, dans la dixième édition de ce livre, le GM Larry Evans observait : « La Sicilienne est la réponse noire assymétrique la plus dynamique à 1.e4. Elle est génératrice de la tension, ainsi que de facteurs psychologiques qui, dans le jeu moderne, laissent augurer du meilleur, et elle indique dès le tout premier coup que le combat va être féroce. »

Variantes

Cette ouverture menant à un très vaste ensemble de positions aux possibilités différentes, elle occupe beaucoup de place dans le code ECO. En effet, elle regroupe tous les codes de [B20] à [B99].

On classe les nombreuses variantes en deux groupes : les « siciliennes ouvertes », où les blancs ouvrent rapidement le centre par Cf3 et d4, et les « anti-siciliennes ».

Siciliennes ouvertes

a) les Cavaliers (noirs) d’abord :

b) Le pion e reste en e73 :

c) le complexe …e6 et …d6 :

d) le complexe …e6 et …a6 :

e) le complexe …d6 et …a6 :

  • la sicilienne Najdorf (B90 – B99) : 1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6

f) 2…Cc6 et le coup …e7-e5 :

Anti-siciliennes


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