Défense Philidor

La défense Philidor

 1.e4 e5

2.Cf3 d6

Philidor 1

 

Proposé par le Maître Ibérique L.R Lucena, en 1497, le coup 2…d6 a été préconisé un demi siècle plus tard par le premier analyste ayant abordé le répertoire des ouvertures avec une approche scientifique, soit le maître espagnol Ruy Lopez de Segura (1530-1580), qui le considéra comme étant supérieur à 2…Cc6. Deux siècles plus tard, l’illustre champion français F-A Danican dit Philidor (1726-1795), confirma l’opinion émise par Ruy Lopez, dans la première édition de son traité « l’Analyse des Echecs », publiée en 1749. Il souligna notamment que 2.Fc4 était un coup d’attaque d’une valeur plus élevée que 2.Cf3. Sur quoi, 2…d6 était la réponse noire la plus appropriée. Mais l’invincible champion du Café de la Régence, se ravisa dès le 2è édition de son traité, en 1777, sous la critique acerbe de ses contradicteurs les plus violents, à savoir les théoriciens italiens de l’Ecole de Modène.

« Cette partie (avec 2.Fc4 d6) n’est pas exactement correcte ; mais le début des Noirs est très bon », précisa néanmoins Philidor, certain de la validité de ce système de défense réputé passif. La riposte 2…d6 était emblématique de la vision avant-gardiste du Français quant à la manière avec laquelle il faut jouer les pions, soit avec mesure et méthode. Invaincu en match durant près de 50ans, Philidor imposa cette défense sur l’échiquier, afin de contrer 2.Cf3, et ce système pris naturellement son nom.

Le thème fondateur de la Défense Philidor, avec 2…d6 (afin de contrer la ligne naturelle 1.e4 e5 2.Cf3) est connu depuis la Renaissance. Mais ce système controversé, car jugé passif, ne s’est imposé sur les échiquiers d’Europe qu’à la fin du 18è siècle, sous la houlette de son premier vulgarisateur éponyme, à savoir le prodigieux théoricien français F.A.D Philidor (1726-1795), qui le préconisa dans son traité « l’Analyse des Echecs » publié à Londres, en 1749. Aussitôt, ce début polémique, qui avait été également préconisé par le maître  espagnol Ruy Lopez, au 16è siècle, fut sévèrement condamné par les théoriciens italiens de l’Ecole de Modène, les opposants les plus ardents aux thèses prônées par Philidor. Mais il faut croire que ces âpres pourfendeurs avaient eu raison de s’indigner. En effet, afin de consolider la position de leur pion bloqueur en e5, les Noirs concèdent à leur rival l’initiative au centre, tout en enfermant durablement leur Fou f8. Or, c’est la philosophie même de ce système déroutant que le génial champion américain P.Morphy (1837-1884) réfuta, en 1858, lors de son séjour en Europe. Après quoi les théoriciens Prussiens et austro-hongrois achevèrent d’établir une synthèse critique-et hyper dynamique-entre le jeu d’attaque « à l’italienne » et le jeu de position « à la Française ». Et la défense Philidor perdit de son éclat, jusqu’à être quasiment éliminée des joutes mondiales à la fin du 19è siècle. En 1900, le dogmatique théoricien allemand Siegbert Tarrasch jugea ainsi que cette défense n’était guère satisfaisante, car elle « donne aux Noirs un jeu embarrassé (Sic), puisqu’elle tient le Fou du Roi enfermé ». Ce système à priori simpliste, voire passéiste, reste néanmoins attractif pour le débutant, voire pour le joueur de club confirmé, dès lors que ce dernier refuse de s’engager dans les voies plus complexes et donc, plus piégeuses, de la Partie Espagnole ou de la Défense Sicilienne.

Après 1.e4 e5 2.Cf3, la défense Philidor peut paraître passive à première vue, si on la compare aux principales options données par la théorie des ouvertures. Au lieu développer une pièce par 2…Cc6 ou 2…Cf6, les Noirs jouent un coup de pion enfermant leur propre Fou en f8 !? Mais, à y regarder de plus près, ce coup supporte la comparaison avec d’autres systèmes. La Défense Petrov (ou Russe) avec 2…Cf6, est plus agressive, mais elle nécessite une préparation pointue, tant les variantes tactiques sont nombreuses. En Outre, cette défense a pour défaut d’offrir plus faible la possibilité d’une nulle facile, avec 3.Cxe5  d6 4.Cf3 Cxe4 5.De2 De7 6.d3 suivi de l’échange des Dames. L’option 2…Cc6 nécessite elle aussi beaucoup de travail analytique, les blancs ayant le choix entre le système des 4 Cavaliers (introduit par 3.Cc3), une Ecossaise (avec 3.d4), une Italienne (3.Fc4), ou encore une Espagnole (3.Fb5). Dans ce dernier cas, on s’aperçoit que la pression exercée sur le pion e5 force le plus souvent les Noirs à jouer d6, enfermant là aussi le Fou f8 ! Le dogme de S.Tarrasch est donc réducteur, si ce n’est infondé. Et d’ailleurs, dit-on de la Française qu’elle est mauvaise parce qu’après 1…e6, on enferme le Fou c8 ? En ce cas, quels sont les avantages de la Philidor ? En premier lieu, étant peu jouée, elle est peu étudiée. L’adversaire livré à lui-même peut donc commettre rapidement des fautes. Ainsi, les positions issues de la Philidor étant assez atypiques, il est fréquent  de voir les blancs jouer de manière stéréotypée, et totalement inappropriée. C’est aussi une ouverture adaptée à tous les styles de jeu, avec aux choix des noirs, des variantes fermées (avec Cbd7), convenant aux joueurs positionnels, et d’autres plus ouvertes (avec exd4), qui feront le bonheur des joueurs d’attaque. Enfin, cette défense nécessite bien moins de temps de préparation que la plupart des ouvertures, les Blancs n’ayant que peu d’options à leur disposition susceptibles de mettre leur adversaire en danger…

La variante Italienne

3.Fc4

Philidor 2 

 

Comme dans une Italienne, les Blancs jouent simplement en visant la case f7. Même si c’est ici un peu moins efficace. Le plus simple est alors de continuer avec 3…Fe7 4.0-0 (4.d4 exd4 ! 5.Cxd4 Cf6 transpose dans une variation inférieure de la variante Antoshin, car le Fou c4 sera une cible dans cette position où les blancs doivent faire 0-0-0, et attaquer) Cf6 5.d3 0-0, suivi de c6 et d5 ou Cbd7, et les Noirs ont un jeu plus dynamique que dans une italienne.

 

Les coups à éviter après

3.d4

 

Les premières Philidor se sont souvent mal terminées, la faute en revenant à un 3è coup inadéquat.

 

3…f5 ?!

Philidor 3

Partie avec 3…f5 ?! commentée par Kasparov lui même

3…Fg4 ?!

Philidor 4

Partie avec 3…Fg4 ?! commentée par Kasparov lui même

Partie connue sous le nom de « partie de l’Opéra »

 

L’autre coup joué à cette époque, 3…Cd7?!,

Philidor 5

Excellent de par sa conception positionnelle, est malheureusement lui aussi délicat. Par exemple après 4.Fc4 c6 (ou pire 4…Fe7? 5.dxe5 dxe5 6.Dd5, ou 5…Cxe5 6.Cxe5 dxe5 7.Dh5, et les Blancs gagnent la paire de Fous dans une position ouverte, un avantage qui condamne les Noirs à une défense longue et pénible.

   

La variante Morphy 3.d4 exd4 4.Dxd4

Philidor 6 

Profitant de l’absence du Cavalier en c6, les Blancs essaient de placer une Dame dominatrice en d4. La suite 4…Cc6 force 5.Fb5, car reculer la Dame serait un échec. On a alors le choix entre le solide 5…Fd7, qui gagne la paire de fous après 6.Fxc6 Fxc6, mais laisse la Dame en d4 pour longtemps, et le plus agressif 5…Fe7 et 6…0-0, avec bxc6sur Fxc6. Ce dernier choix est sans doute le plus attractif, ouvrant la colonne « b », dissuadant un 0-0-0 blanc, et permettant de chasser plus tard la Dame par c6-c5. Une autre option correcte est 4…Cf6. La variante Morphy est donc sans problème majeur pour les Noirs.

La variante Antoshin

3.d4 exd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 Fe7

 Philidor 7

Dans les positions ouvertes issues de 3…exd4 4.Cxd4, la principale alternative des noirs réside dans la position du fameux Fou en f8, objet de tant de controverses : soit ils le placent en e7, où il est un peu passif, soit en g7, où il est plus actif, mais au prix d’un affaiblissement de l’aile roi. La 1ère option est connue sous le nom d’Antoshin, un GMI soviétique du milieu du 20è siècle. Elle est parfaitement viable, même si après 6.Ff4! 0-0-, Dd2 et 0-0-0, l’avantage d’espace des blancs leur permet de développer une attaque de pions par f3/g4/g4, un peu plus facilement que leur adversaire.

 

 

La variante Larsen

3.d4 exd4 4.Cxd4 g6

 

Philidor 8

 

Réputé agressif et amateur inconditionnel de fianchetti (il a d’ailleurs donné son nom à l’ouverture 1.b3) Bent Larsen était le seul joueur de l’élite mondiale à utiliser la Défense Philidor dans les années 60 et 70. Le GMI danois réalisa de très belles parties d’attaque avec ce système spécifique, dont le jeu est assez proche de celui d’une Sicilienne Dragon (avec g6, Fg7). Après la suite logique 5.Cc3 Fg7 6.Fe3 Cf6 7.Dd2 0-0, les blancs doivent déjà être vigilants, 8.f3 d5! Ouvre favorablement le jeu pour les  Noirs. Il faut donc jouer 8.0-0-0 Cc6 (8…Te8 est intéressant) 9.f3 Cxd4 10. Fxd4 Fe6 11.g4 (ou.11 h4) c5 12.Fe3 Da5 avec une position d’attaque réciproque très complexe, où le premier qui mate a gagné ! En pratique c’est surtout celui qui connaît et comprend le mieux les subtilités de cette position qui s’en sort avec succès.

 

La variante Hanham

3.d4 Cf6 4.Cc3 Cbd7

 Philidor 9

L’option Cbd7 est le coup clef du plan imaginé par le major Hanham (1840-1923). Mais ce joueur américain le jouait dès le 3è coup, ce qui est tactiquement erroné ! (Cf l’article les coups à éviter après 3.d4

 

L’objectif des Noirs est simple : maintenir le centre fermé en défendant solidement le pion e5, et avoir ainsi tout le temps nécessaire pour terminer leur développement. La position sera alors très souple, avec deux plans possibles : préparer exd4, puis presser  le pion e4 , ou développer une initiative à l’aile –Dame par c6 et b5. Après les coups naturels 5.Fc4 Fe7, les Blancs pourraient être tentés par la suite 6.dxe5 dxe5 7.Fxf7 Rxf7 8.Cg5+. Mais les noirs ont alors le choix entre 8…Rg8 9.Ce6 De8 10.Cxc7 Dg6 11.Cxa8 Dxg2, avec de bonnes compensations pour la qualité, et après l’intrépide mais sensé 8…Rg6 ! 9.h4 (9.Ce6 Dg8 !, et il n’y a plus de fourchette en c7) 9…h5, les blancs n’arrivent pas à mater. Pour cette raison, on joue plus raisonnablement 6.0-0 0-0. Les blancs doivent alors choisir une bonne disposition de pièces : la première option est 7.De2, pour jouer Td1, la colonne « d » étant potentiellement ouverte. Mais il est possible de contrer ce plan par 7…exd4 8.Fxd4 Ce5 9.Fb3 c5 10.Cf5 Fxf5 11.exf5 Dd7, et les noirs sont plutôt bien. Le plus logique est donc 7.Te1 c6 8.a4 (pour empêcher b5). On peut cependant persévérer en jouant 8…b6 suivi de Fb7, a6 et b5. De leur, les blancs vont essayer de développer leur jeu à l’aile Roi, en préparant notamment la manœuvre Ch4-f5, ce qui mène à un jeu compliqué où les chances noires ne sont pas inférieures.

 

La variante d’échange

3.d4 Cf6 4.dxe5 !

Philidor 10

 

C’est la variante critique de la Philidor, et sans doute celle qui a le plus nuit à sa popularité. Les blancs profitent d’une subtilité tactique pour prendre l’initiative. Après le coup forcé 4…Cxe4, ils peuvent jouer le surprenant 5.Dxd5 ! Cc5 6.Fg5, sur quoi les noirs ont le choix entre 6…Dd7 7.exd6 Fxd6, et 6..Fe7 7.exd6 Dxd6, avec dans les deux cas une position jouable, mais tout de même légèrement inférieure, en raison de l’avance de développement des blancs dans une position ouverte. Les joueurs de Philidor fermée (sans 3…exd4) se firent donc rares, jusqu’à cette dernière décennie, et un retour en force par des voies inattendues.

  

Le dernier cri de la Théorie

 

1.e4 d6

2.d4 Cf6

3.Cc3

Philidor 11

 

Désormais, de nombreux joueurs de Philidor ouvrent par 1.e4 d6 ! Après les usuels 2.d4 Cf6 3.Cc3 (3.Fd3 et 3.f3 sont possibles, mais moins périlleux), cette nouvelle Ecole se divise en 2 catégories.

 

1ère Catégorie

Les noirs jouent 3…e5

Philidor 12 

 

Soit les blancs transposent dans une Philidor par 4.Cf3, soit ils échangent par dxe5 dxe5 5.Dxd8 Rxd8, et en dépit des apparences, les noirs ne sont pas si mal. Leur roi est déroqué, mais il n’y a plus les Dames, et il pourra se réfugier selon les circonstances en e7 (une fois le fou sorti), en c7 (après c6), ou au pire en c8. Les noirs n’ont pas de faiblesse, et même si une grande précision s’impose pour éviter les ennuis, la pratique n’a pas à ce jour démontré d’avantage pour les blancs.

 

2è Catégorie

Les noirs jouent 3…Cd7

Philidor 13 

Les noirs évitent un échange précoce (et donc un roi noir déroqué). En jouant 3…Cd7, on transpose également dans une Philidor par 4.Cf3 e5. Les Blancs peuvent cependant profiter de l’absence de pression pour accroître leur avantage d’espace, par 4.f4 ou même 4.g4. Les meilleures variantes pour les noirs sont ici 4.f4 e5 5.Cf3 exd4 6.Dxd4 c6, suivi de d5 et Fc5, et 4.g4 h6 et e5, avec un jeu très compliqué dans les deux cas. A très haut niveau, les résultats blancs sont légèrement supérieurs. Mais dès que l’on descend dans la hiérarchie, la meilleure connaissance de cette position atypique et complexe donne aux Noirs d’excellents résultats.

 

Longtemps méprisée, la défense Philidor est donc désormais considérée de plus en plus comme une arme efficace, et de nombreux forts joueurs l’adoptent peu à peu. En publiant en 1992 un traité vantant les mérites de ce système, le GMI Tony Kosten a relancé la mode. La théorie a beaucoup progressé depuis, mais les recherches afin de réfuter fondamentalement cette ouverture vieille de près de cinq siècles n’ont pas encore atteint leur objectif. Un nouveau traité sur ce système passionnant sera édité prochainement en Français. Il s’agit d’une nouvelle pierre à ce monument de l’histoire échiquéenne qu’est la Philidor, et un hommage rendu à son plus célèbre promoteur, le joueur et compositeur du 18è siècle François-André Danican Philidor.

Quelques  parties aussi célèbres que spectaculaires sur la Philidor !

Paul Morphy – Duc de Brunswick & Comte Isouard (en consultation), Paris1858 : partie dite de l’Opéra

1. e4 e5 2. Cf3 d6 3. d4 Fg4? 4. dxe5 Fxf3 5. Dxf3 dxe5 6. Fc4 Cf6 7. Db3! De7 8. Cc3 c6 9. Fg5 b5 10. Cxb5!! cxb5 11. Fxb5+ Cbd7 12. o-o-o Td8

Partie de l'Opéra

13. Txd7! Txd7 14. Td1 De6 15. Fxd7+ Cxd7 16. Db8+!! Cxb8 17. Td8 mat.

Cette partie est exemplaire de l’importance de l’avance de développement dans les parties ouvertes. Elle fut jouée à l’Opéra de Paris lors d’une représentation de la Norma.

La « Dame Folle »

Dans cette partie jouée à La Nouvelle-Orléans en 1920 entre Edwin Ziegler Adams et Carlos Torre, les blancs opèrent de manière répétée des pseudo-sacrifices de Dame qui ne peuvent être acceptés sous peine de se voir infliger le mat du couloir. Cette partie est commentée par Camil Seneca dans son livre Les échecs.

1. e4 e5 2. Cf3 d6 3. d4 exd4 4. Dxd4 Cc6 5. Fb5 Fd7 6. Fxc6 Fxc6 7. Cc3 Cf6 8. o-o Fe7 9. Cd5! Fxd5 10. exd5 o-o 11. Fg5 c6 12. c4 cxd5 13. cxd5 Te8 14. Tfe1 a5 15. Te2! Tc8 16. Tae1 Dd7

Adams Torre

17. Fxf6!! Fxf6 18. Dg4!! Db5 19. Dc4!! Dd7 20. Dc7!! Db5 21. a4!! Dxa4 22. Te4!! Db5 23. Dxb7!! 1-0 (les noirs abandonnent). La Dame n’a plus de case de fuite où elle continuerait à contrôler la case e8, et où elle empêcherait ainsi le mat du couloir.

BERNSTEIN – TARTAKOVER (1937)

Un joli piège, dans une partie jouée à Paris en 1937 entre Ossip Bernstein et Xavier Tartakover :

1. e4 e5 2. Cf3 d6 3.d4 Cf6 4.dxe5 Cxe4 5. Fc4 Fe6 Ici, Tartakover s’écarte de la théorie. On recommande 5…c6, mais Tartakover préfère tendre un piège : 6. Fxe6 fxe6 7. De2 d5 8. Db5+ Cc6 9. Cd4 Dd7 10. Dxb7

Bernstein Tartacover

Fb4+!! 11.c3 Cxd4!! 12. Dxa8+ Re7 13. Dxh8 Db5! 14. Dxg7+ Re8 15. Dg4 Dd3 16. Fd2 Cc2+ 17. Rd1 Cxf2 + avec gain de la dame. Bernstein abandonne.

Notes et références

  1.  (en) Christian Bauer, The Philidor Files : Detailed Coverage of a Dynamic Opening, Everyman Chess, 1er février 2007, 304 p. (ISBN 978-1857444360)
  2.  http://contregambitphilidor.blogspot.com/ [archive] Blog sur le contre-gambit Philidor

  

 

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