Défense Caro Kann

La défense Caro-Kann 

est une ouverture aux échecs. Elle doit son nom au joueur anglais1 Horatio Caro2 et au théoricien viennois Marcus Kann3 qui en commencèrent l’analyse en 1886 dans la revue allemandeBrüderschaft[réf. nécessaire]. Toutefois, on peut considérer que c’est Mikhaïl Botvinnik qui lui donna ses lettres de noblesse, par l’usage qu’il en fit en 1958 lors de son match de Championnat du monde contre Vassily Smyslov.

La Caro-Kann fait partie des débuts semi-ouverts (où les Noirs répondent autre chose que 1…e5 à 1. e4) et se caractérise par les coups 1. e4 c6.

caro kann

Elle est conseillée au joueur des Noirs qui souhaite faire sienne la maxime du Champion du monde Tigran Petrossian : avec les Noirs, rechercher d’abord la sécurité. De fait, la défense Caro-Kann est réputée être l’une des défenses les plus solides contre1. e4 et elle permet généralement un meilleur développement du Fou c8 que la défense française. Elle convient parfaitement aux joueurs des Noirs positionnels qui n’ont pas peur des parties nulles, à l’instar de l’ex-Champion du monde Anatoli Karpov.

Commentant cette défense, Aaron Nimzowitsch disait avec humour4 : « 1… c6 ! Une audacieuse tentative pour réfuter la poussée prématurée 1. e4 ».

Sommaire

Une petite analyse de la Caro-Kann

1. e4 c6 2. d4 d5

Les Noirs préparent la poussée centrale …d5. L’avantage de la Caro-Kann sur la défense française est que le fou dame noir n’est pas enfermé. Par contre, la case c6 n’est plus disponible pour le cavalier dame noir. De plus, la sortie précipitée du fou dame n’est pas toujours heureuse, car elle laisse sans défense le pion b7. Enfin, si plus tard les Noirs poussent leur pion c6 à c5, ils auront perdu untempo.

1. e4 c6

2. d4 d5

Les Blancs occupent le centre sans retard. Bien soutenu, le pion noir attaque le pion-roi adverse.

Variante classique

3. Cc3

Logique. Même si les Blancs ne sont pas en mesure de réduire la mobilité des pièces noires (dans la plupart des ouvertures, une conséquence naturelle d’un bon contrôle du centre), ils conservent en tout cas leur emprise sur la zone la plus importante de l’échiquier.

3. …dxe4 4.Cxe4

Sans posséder un centre complet de pions, les Blancs ont quand même une prépondérance au centre grâce à leur pion d’appui (d4) secondé d’une figure mobile (Ce4).

4… Cd7

4. …Cd7

Un mouvement important. La variante Smyslov.

5. Cf3 Cgf6 6.Cg3

Par ce bond, au lieu de l’échange plutôt stérile ; 6. Cxf6+, Cxf6, etc., les Blancs espèrent conserver l’initiative du combat. Toutefois, les Noirs ont maintenant réussi à diminuer la prépondérance adverse au centre.

6. …, e6 7.Fd3 c5

Une avance importante, que les Blancs n’ont pu empêcher, ni retarder. Au prix d’un tempo (…c7-c6 suivi de …c6-c5), les Noirs ont bon espoir d’émanciper leur jeu.

8.c3 ; Fe7 9.0-0, 0-0.

Les Noirs feront attention à ne pas tomber dans le piège : 4. ..Cd7 5. De2 Cgf6 ?? 6. Cd6# 1-0. Les noirs ont deux alternatives possible, 5. ..Cdf6 ou 5. ..e6.

4… Ff5

Si 4. …, Ff5 les Blancs peuvent, outre 5. Cg3 (avec ensuite 5. …, Fg6 ; 6. h4, h6 ; 7. Cf3, Cd7 ; 8. h5, Fh7 ; 9. Fd3, Fxd3 ; 10. Dxd3, etc.), incommoder l’adversaire par 5. Df3 et même par le sacrifice éventuel d’un pion : 5. Fd3, Dxd4 ; 6. Cf3 et les difficultés des Noirs croissent. Remarquons qu’un sacrifice « positionnel » d’un pion, compensé par des avantages de terrain ou de développement, n’est pas chose rare dans la phase du début.

4… e6

Si, d’autre part, au lieu du coup du texte, 4. …, e6, les Noirs renoncent de plein gré à l’émancipation plus ou moins rapide de leurs forces; leur Fou Dame reste dorénavant enfermé des deux côtés par les Pions e6 et c6.

4… Cf6

Si 4. …, Cf6 (variante BronsteinLarsen), les Blancs peuvent — outre le bondissement 5. Cg3 et le sacrifice d’un Pion : 5. Fd3, Dxd4 ; 6. Cf3, etc — jouer tout simplement 5.Cxf6+, et les Noirs, qu’il répondent par 5. …, exf ou par 5. …, gxf, auront toujours un pion doublé, en d’autres termes, une faiblesse dans leur structure de pions.

L’idée de la variante Smyslov est donc de préparer avec un grand sang-froid le « développement par opposition » : 5. …, Cg8-f6, sans courir alors le risque de se laisser doubler les pions sur la colonne f. De plus, le Cavalier Noir à d7 favorisera plus tard l’avance importante …c6-c5.

Le jeu des Noirs reste encore serré, mais leur position est défendable.

Variante d’échange et attaque Panov

  • La variante d’échange de la Caro-Kann libère la case c6, le cavalier dame noir retrouvant ainsi sa case naturelle de développement : 3. e4xd5, c6xd5. Il peut suivre de nombreux coups différents, dont 4. Ff1-d3, la plupart des variantes offrant de bonnes chances aux Blancs tout en laissant aux Noirs des ressources défensives suffisantes. La variante d’échange n’a pas le même caractère de nullité que celle de la défense française (1. e4, e6 ; 2. d4, d5 ; 3. exd5, …), car dans la Caro-Kann, la symétrie est rompue, ce qui donne immédiatement une indication sur la stratégie à suivre : les chances des Blancs se situent à l’aile Roi, celles des Noirs à l’aile Dame, car la colonne e semi-ouverte procure aux Blancs plus de liberté de mouvement à l’aile Roi, l’inverse se produisant sur l’autre aile où les Noirs sont plus libres grâce à la colonne c semi-ouverte. C’est pourquoi les Blancs attaquent ordinairement à l’aile Roi, et les Noirs à l’aile Dame dans la variante d’échange. Souvent l’attaque est préparée par l’avance d’un ou de plusieurs pions pour ouvrir complètement la colonne semi-ouverte.
  • La « variante d’échange » est très souvent suivie de 4. c2-c4 menant à l’attaque Panov (aussi dénommée attaque PanovBotvinnik) qui donne au jeu un aspect plus dégagé. Un exemple : 4. …, Cf6 ; 5. Cc3, Cc6 ; 6. Fg5, dxc4 7. d5 avec d’obscures complications.

Variance d’avance

L’avance 3. e4-e5 permet au Fou Dame des Noirs de participer sans difficultés au combat : 3. …, Fc8-f5. Cette variante, longtemps considérée comme inférieure5, est progressivement réintroduite, notamment avec des coups agressifs comme l’attaque Baïonnette (4. Cc3, e6 ; 5. g4, …) ou dans des variantes moins ambitieuses popularisées par le grand maître anglais Nigel Short et le grand maître américain Gata Kamsky (4. Cf3, e6 ; 5. Fe2 c5 ; 6. Fe3, …).

Actuellement, la variante d’avance apparaît régulièrement dans les parties de haut niveau.

Variante de Tartakover6

1.e4, c6 2.d4 d5 3.f3, se rapprochant du gambit Blackmar-Diemer.

Variante de Gurgenidze

1.e4 c6 2. d4 d5 3.Cc3 g6. De ce fait, les Blancs jouent parfois 3. Cd2 au lieu de 3. Cc3.

Variante des deux cavaliers

1. e4 c6 2.Cf3 d5 3.Cc3, parfois jouée par Bobby Fischer au début de sa carrière.

Transposition

La Caro-Kann peut aussi être obtenue par transposition des mouvements de la Partie anglaise après 1. c4, c6 ; 2. e4, d5.

Laisser un commentaire