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A ceux qui fatigués d'apprendre veulent enfin savoir !

L’échiquier


En construction

De prime abord un échiquier est le règne de l’homogénéité, à savoir que toutes les cases et les lignes ont le même statut. Tout joueur d’échecs sait très bien qu’il n’en est rien.

Le Centre

Commençons par le centre qui a une importance fondamentale aux échecs. Les cases e4, d4, e5, d5 constituent le centre et toute stratégie ne peut faire l’économie de cette zone si cruciale.

 

François Le Lionnais et Ernst Maget dans leur « dictionnaire des échecs » ce centre et appelé « le grand centre » ou « centre principal ».

 

Le centre élargi

Vous avez aussi les cases c3, d3, e3, f3, f4, f5, f6, e6, d6, c6, c5, c4 qui délimitent et constituent le centre élargi.

François Le Lionnais et Ernst Maget dans leur « dictionnaire des échecs » ce centre est appelé « le petit centre » (même s’il apparait plus grand) ou « centre secondaire ».

Donnons la parole à ces deux grands passionnés, qui ont dit mieux que quiconque l’importance et les différentes approches centrales.

« Cette terminologie montre bien que l’importance du centre est liée non au nombre des cases mais à leur plus ou moins grande centralité. A quoi tient cette importance du centre et plus particulièrement du grand centre ? Au fait que ses cases permettent d’envisager des actions aussi bien sur l’aile Dame que sur l’aile Roi, aussi bien dans le camp adverse que dans son propre camp. Mais ici il convient de distinguer deux notions souvent confondues : celle « d’occupation » du centre et celle de « contrôle » (ou de surveillance) du centre. Nous proposons de leur adjoindre une troisième notion que nous nommerons : « domination » du centre.

L’histoire des idées échiquéennes montre que, intuitivement d’abord, puis de plus en plus consciemment, l’importance du centre fut toujours la préoccupation des joueurs. Elle a été pressentie dès la naissance du jeu moderne, c’est-à-dire dès le XVè siècle. On la devine déjà dans Lucena. Elle se précise avec Philidor. Mais c’est avec La Bourdonnais qu’elle apparaît beaucoup plus nettement : bien qu’il ne l’ait pas dit, il semble clair à ses yeux que, toutes choses égales par ailleurs, la domination du centre suffise pour obtenir la victoire. En particulier, on commence à comprendre que l’avantage principal des Gambits R acceptés (1.e4 e5 2.f4 e5xf4) n’est pas dans l’ouverture de la colonne « f » mais dans l’obtention d’un centre souverain : on joue 2.f4 …pour être à même (après 2…e5xf4) de jouer d4, non au coup suivant mais dès que le R blanc sera à l’abri d’un échec de la D noire. A partir de la Bourdonnais, l’importance du centre du centre est de plus en plus reconnue. Toutefois des interprétations différentes se font jour peu à peu au sujet de son utilisation. Pour certains (dont Steinitz) il suffit de construire un solide centre de pions, l’attaque principale devant avoir lieu sur une aile. Pour d’autres (dont Morphy) il importe de démolir le centre des pions adverses et de s’élancer à partir de ses ruines sur l’adversaire. Enfin les Ecoles classiques et hypermodernes insistent différemment sur les notions d’occupation et de contrôle du centre. Voici une partie qui illustre bien comment une suprématie indiscutée au centre permet d’y installer grâce à une colonne ouverte, une figure importante en avant-poste (La TR blanche en e6), puis de faire dans le camp adverse une percée obtenant l’installation d’une Tour en septième rangée et aboutissant à une facile attaque de mat.

Contrôle et surveillance du centre

Contrôler le centre, c’est à même de de pouvoir jouer une de ses pièces sur une cases du grand centre (d4, e4, d5, e5). Le contrôle du centre est en soi même une action suffisante, ayant ses effets propres ; c’est également un moyen nécessaire d’assurer l’occupation du centre. Le contrôle du centre peut prendre plusieurs aspects qu’il convient de distinguer :

 

1 – La case contrôlée est occupée par une pièce adverse ; dans ce cas le contrôle constitue une attaque de pièce. Par exemple, après 1.e4 e5, le coup 2.Cf3 ou le coup 2.f4 contrôle la case e5 et attaque le pion noir qui l’occupe.

2 – La case contrôlée est occupée par une pièce amie ; dans ce cas le contrôle constitue une défense de cette pièce. Par exemple, après 1.e4 e5, le coup 2.Cc3 contrôle la case e4 et défend le pion blanc qui l’occupe.

3 – La case contrôlée est vide ; dans ce cas la pièce qui la contrôle peut contribuer à empêcher l’adversaire de l’occuper. Par exemple, après 1.e4, …le coup 1…c5 voudrait dissuader les blancs de jouer 2.d4. … Elle peut aussi se proposer de venir sur cette case, ou encore d’appuyer la venue sur cette case d’une autre pièce de son camp : par exemple, après 1.e4 e5 le coup 2.Cf3 peut-être envisagé comme une préparation de 3.ou 4.d4, …Enfin, elle peut se proposer de gêner la venue d’une pièce adverse sur cette case : par exemple, après 1.e4 e5, le coup 2.Cc3 interdit 2…d5.

4 – L’intérêt de coups tels que 1.c4, .. ou 1.f4, ou (sur 1.e4, ..) 1. …c5 (sur 1.d4, ..) 1. …f5 réside beaucoup moins dans le fait que le PFD ou le PFR occupent une case du petit centre que dans le fait qu’ils contrôlent une case du grand centre.

L’école hypermoderne a marqué une nette préférence pour le contrôle du centre au lieu de son occupation. Mais cette préférence ne s’applique qu’à la phase initiale de la partie. Loin de nier la valeur du centre, les hypermodernes lui accordent une importance dans un sens plus grande que les classiques. S’ils en retardent l’occupation c’est pour mieux l’assurer dans une phase ultérieure, après des combats pour sa domination, combats qui n’ont de chance d’être remportés que si l’on contrôle le centre que ne le fait l’adversaire.

 

Domination du centre

Il ne faut pas oublier qu’une pièce ne contrôle jamais la case qu’elle occupe (c’est une vérité de la Palisse, mais elle est souvent ignorée de bien des amateurs). Une pièce qui contrôlait le centre cesse donc de la contrôler à partir de l’instant où elle l’occupe. Nous dirons qu’il y a domination du centre par un camp lorsque celui-ci occupe le centre par certaines pièces et continue à la contrôler par d’autres : la domination consiste en une occupation soutenue par un contrôle. Toutes choses égales par ailleurs, on peut considérer la domination du centre comme un facteur de gain décisif.

 

Occupation du centre

 

Occuper le centre, c’est installer une de ses pièces sur l’une des cases qui en font partie. L’avantage de cette occupation varie suivant la nature des pièces occupantes.

 

1 – Occupation par des pions.

            Elle constitue un chapitre particulier et important de la théorie générale du centre. Il y a lieu de distinguer.

A – Un P central dans son camp d’un pion central avancé. Le premier a une action certes importante mais peu agressive. Le second exerce une pression sur le camp adverse et restreint la liberté de manœuvre de l’adversaire à l’intérieur de son propre camp : par exemple, un P blanc en e5 interdit la case f6 au C noir, ce qui a pour effet d’affaiblir le petit roque noir. A cette même place, un C exercerait une pression sur un plus grand nombre de cases adverses (4 au lieu de 2). Mais la pression exercée par le P est plus sévère (elle interdit les 2 cases à toutes les figures adverses) et plus durable si ce P central avancé est bien soutenu.

B – Le cas de deux Pions centraux adverses qui s’arrêtent mutuellement (e4, e5 ou d4, d5) du cas d’un P non arrêté (e4, vide en e5 ; d4, vide en d5 ou l’inverse).

Dans le premier cas, en même temps que les P jouent leur rôle direct, ils ferment le jeu : les cases qu’ils occupent ne sont pas libres pour les figures (Notamment des C), elles interceptent des diagonales de D et de F, des verticales et des horizontales de T.

Dans le second cas, un P central, avancé et libre, exerce une action très puissante : outre les effets directs qu’il produit, il peut en avançant et quitte parfois, à se sacrifier, ouvrir des lignes à ses figures. L’exemple de la partie suivante est convaincant :

Trait aux Blancs

La grande efficacité de nombreux gambits vient de ce que, en échange d’un P, les Blancs peuvent installer leurs P centraux en e4 et d4, les cases e5 et d5 étant vides. Cependant, un puissant centre de P ne constitue un avantage décisif qu’à condition de n’être pas contrebalancé par un avantage d’une autre sorte : supériorité matérielle ou avance de développement, comme dans la partie suivante Schulten -Morphy

Trait aux Blancs

2 – Occupation par des figures.

A – Un C au centre exerce une pression assez comparable à celle du P ; il interdit aux pièces majeures de l’adversaire d’occuper certaines cases de leur propre camp.

B – Un F ou une D (en tant que F) vise des cases des deux ailes, tandis qu’un F en fianchetto, s’il peut exercer une action sur le camp adverse sans sortir du sien, n’atteint cet objectif qu’à condition de « voir » au travers du centre ; encore n’agit-il que sur l’aile.

C – La T et la D (en tant que T) sont les pièces qui profitent le moins du centre en milieu de partie. Toutefois, dès que l’échiquier s’éclaircit, elles peuvent changer facilement de colonnes en pivotant horizontalement sur des cases centrales.

D – En fin de partie, toutes les figures, y compris le R, la D, et les T, ont souvent intérêt à occuper le centre pour pouvoir se diriger sans perte de temps vers les secteurs intéressants.

En conclusion

L’occupation du centre constitue souvent une phase intermédiaire entre la phase initiale (chaque joueur étant encore dans son propre camp) et la phase critique (l’un des joueurs ayant réussi à prendre pied dans le camp adverse). Elle constitue en quelque sorte la première échelle posée contre les remparts du château fort. Son intérêt est donc capital. Mais l’efficacité de l’occupation du centre dépend de la durée de cette occupation. Une occupation prématurée se solde par une retraite et une perte de temps, voire par une déroute. On ne doit donc occuper le centre que si l’on pense avoir des chances de s’y maintenir. Aussi cette notion d’occupation du centre ne peut-elle être séparée de celles de contrôle du centre et de domination du centre.

D’autre part, même durable, l’occupation du centre peut être discutée. L’Ecole classique (Steinitz, Tarrasch, Rubinstein, etc.) admet comme un dogme la nécessité d’installer un P au centre. Tarrasch estime que l’occupation rapide de e4 et de d4 par les P est « l’alpha et l’Omega de la stratégie des ouvertures ». Mais l’adversaire peut en faire autant (si 1.e4 e5 ; si 1.d4 d5) et il en résulte que les lignes passant au travers du centre sont bouchées. Faut-il accepter cette situation et se donner la tâche d’attaquer le P adverse installé au centre ? Où convient-il de ne pas installer son propre P au centre pour disposer de plus d’élasticité dès le début ? C’est toute la querelle entre classiques et hypermodernes, et on ne saurait dire qu’elle est définitivement tranchée.

Francois Le Lionnais et Ernst Maget « Dictionnaire des Echecs ».

 

 

Les deux approches centrales.

 

La méthode classique

La méthode classique qui consiste en un contrôle direct par occupation des cases centrales donc. Pendant des siècles on jouait sans trop imaginer (voire pas du tout) autre chose que 1.e4 ou 1.d4 pour les Blancs, et 1…e5 ou 1…d5 pour les Noirs.

 

La méthode hypermoderne

La méthode hypermoderne du tout début du XXè siècle avec Réti, Breyer, et Nimzovitch, qui révolutionna au grand dam des classiques cette notion sacro-sainte du contrôle direct du centre. Ces hypermodernes (des barbares en gros) osèrent jouer des coups comme 1.g3 pour les Blancs et 1…g6 pour les Noirs. Que de hurlements dans les salons feutrés. Une indignation qui cessa bien rapidement quand les premiers succès du début Réti retentirent…

Bon, pour les nouveaux, on s’aperçoit que çà se complique d’un seul coup. On passe d’une vision géométrique homogène (toutes les cases ont la même valeur) à une prise de conscience plus hétérogène (elles n’ont pas, de fait la même valeur…).

Doit-on en déduire que les cases centrales sont les plus stratégiques ? Oui le plus souvent oui mais parfois…des cases « à la bande » (colonne ou rangée qui borde l’échiquier), n’en déplaisent aux dogmatiques du « Cavalier au bord, cavalier mort » sont d’une importance toute aussi vitale ! Le relativisme cher à notre ami Einstein lui-même ami du grand Lasker, semble sévir également et à sa façon sur nos belles cases noires et blanches !

 

Dans cette découverte plus fine des cases de l’échiquier on peut rajouter que celles du petit roque (f2, g2, h2 pour les blancs et f7, g7, h7 pour les noirs) sont tout aussi particulières car occupées par les pions protecteurs du roi !!! Voilà des cases encore spécifiques.

Dans le cas du petit roque, les pions du roi (f7,g7,h7 pour le petit roque noir, f2,g2,h2 pour le petit roque blanc) sont les pions de protection, les autres pions e, d, c, b, a étant dans ce cas les pions d’assaut !

 

Concernant le petit roque, il faut noter que les cases devant ces cases de défense (f3, g3, h3, pour les Blancs et f6, g6, h6 pour les Noirs) ont aussi un statut particulier par leur proximité royale, et il s’y exerce régulièrement des sacrifices thématiques.

Les pions f, g, h sur la 3è et 6è sont des cases à surveiller !

Un des exemples les plus célèbres de l’histoire du noble jeu.

 

« Breslau »
« 1912 »
« Levitsky, Stepan M »/ « Marshall, Frank James »

Trait aux Noirs

 

Les cases du grand roque blanc et noirs sont d’une importance moindre, ce dernier étant joué moins fréquemment.

Le grand roque est beaucoup moins effectué, de l’ordre d’une fois sur dix par expérience et à « vue de nez ».

Complétons cette cartographie par les cases c7 et c2 qui selon moi ont une utilité non négligeable, surtout quand on y installe une Dame ! Par expérience une dame blanche en c2 comme son homologue sur la c7 rayonnent sur tout l’échiquier.

La Dame en c7

La Dame en c2

 On peut même tenter :

« Si on ne sait pas quoi jouer on joue Dc7 pour les Noirs, ou bien Dc2 pour les Blancs ! »

Que penser des cases « coins » si particulières, parfois fatales parfois refuges !

 

Les cases a1, a8, h1, h8

Les Noirs au trait sont pat

Les Noirs au trait sont échec et mat !

Le complexe f4/f5

Ainsi au regard de ce qui vient d’être dit, on peut s’interroger sur la particularité du complexe de cases f4/f5 ?

Combien de parties débutent par 1.e4 e5, jouées bien innocemment !

N’avez-vous jamais remarqué que les deux camps, ici perdent le contrôle de nos deux fameuses cases f4 et f5 ! Bien évidemment nombre de lecteurs ne manqueront pas dans l’instant de signaler que tout cavalier, (c’est la pièce idéale pour ces deux cases) sera chassé par g3 concernant f4 et g6 pour f5. Il est vrai qu’elles ne peuvent prétendre au statut de case forte (case qui ne peut plus être contrôlée par un pion). A ces « répondeurs précoces » je rétorquerai qu’elles jouissent cependant d’un statut de case « assimilée forte » et c’est là qu’est toute la subtilité de ce complexe f4/f5. Elle tient en un facteur tout simple « la proximité du roi ». Dans la pratique on a tous plus ou moins senti qu’un cavalier en f4 ou f5 était souvent synonyme de « bonne limonade » comme on dit au pays de la Bonne Mère…

Souvent un tel avant-poste permet soit de mater, soit de lancer une attaque de mat, soit d’affaiblir le petit roque par la poussée du pion « g » dans de mauvaises conditions. A cela il faudra rajouter toutes les positions où cette poussée « g » sera impossible. Dans ce cas on pourra saisir toute la portée de ce concept de case « assimilée forte » et bénéficier de toute la puissance d’un tel avant-poste.

Vous trouverez toutes ces idées et autres, présentées et développées dans les différents chapitres de ce fascicule.

Un complexe structurel à intégrer pour une bonne pratique du Noble Jeu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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