Les fous en fianchetto
g2
Catalane, Réti, Est-indienne inversée : le fou qui garde le roi
Fianchetté en g2, le fou de roi blanc balaie la grande diagonale blanche h1–a8, contrôle les cases centrales e4 et d5 et vise b7 puis a8. En même temps, il protège le roi roqué en g1 en couvrant les cases blanches f3 et h3. C’est le fou de la Catalane, de la Réti, de l’Anglaise et de l’Attaque est-indienne chère à Fischer.
Données techniques
| Case | g2 — case blanche : fou de cases blanches |
| Diagonale principale | a8–h1 (grande diagonale blanche) |
| Cases contrôlées (échiquier vide) | 9 |
| Cases contrôlées dans la structure du diagramme | 9 |
| Cases centrales sur sa diagonale | e4, d5 |
| Cible au bout de la diagonale | b7 et a8 |
| Cases affaiblies si le fou est échangé | f3 et h3 |
| Ouvertures associées | Catalane, Réti, Anglaise, Attaque est-indienne, variante du fianchetto contre l’Est-indienne |
La Catalane
1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.g3 d5 4.Fg2 : le fou g2 exerce une pression durable sur b7 et sur la diagonale. Baptisée lors du tournoi de Barcelone 1929, mise à l’honneur par Tartakower, elle est devenue une arme majeure au plus haut niveau, notamment de Vladimir Kramnik dans ses matchs pour le titre mondial.
La Réti et l’Anglaise
1.Cf3 d5 2.c4 suivi de g3 et Fg2 : l’ouverture manifeste de l’hypermodernisme. Le fou g2 et le pion c4 attaquent d5 de loin. Dans l’Anglaise (1.c4), le même fou soutient l’expansion à l’aile dame.
L’Attaque est-indienne (Fischer)
Contre la Française ou la Sicilienne, Fischer aimait jouer d3, Cd2, g3, Fg2, Cgf3 et 0-0, puis e5 et une attaque à l’aile roi. Le fou g2 reste en réserve, prêt à revenir sur la diagonale au moment décisif — comme dans sa partie contre Myagmarsuren à Sousse en 1967.
Forces et faiblesses
Échanger le fou g2 affaiblit gravement les cases blanches autour du roi (f3, h3, g2) : d’où la fréquente manœuvre noire …Fh3 pour l’échanger. Inversement, un fou g2 enfermé derrière ses propres pions (e4, d5 bloqués) devient une simple pièce de défense, comme dans la célèbre « Immortelle du zugzwang » de Nimzowitsch.
Parties de référence
L’Attaque est-indienne de Fischer
L’Immortelle du zugzwang
Portraits
Bobby Fischer
1943 – 2008 · États-Unis
Champion des États-Unis à 14 ans, grand maître à 15, il réalise une ascension unique : 6-0 contre Taïmanov, 6-0 contre Larsen dans les matchs des Candidats de 1971. En 1972, à Reykjavik, en pleine guerre froide, il bat Boris Spassky et devient le 11e champion du monde. Il ne défend jamais son titre (forfait en 1975), disparaît, réapparaît en 1992 pour un match revanche, et meurt en Islande en 2008. On lui doit la cadence Fischer (avec incrément) et les Échecs 960.
Savielly Tartakower
1887 – 1956 · France (né en Russie)
Né à Rostov-sur-le-Don, docteur en droit, il devient l’un des meilleurs joueurs des années 1920 et un écrivain brillant. Naturalisé français, il combat pendant la Seconde Guerre mondiale dans les Forces françaises libres sous le nom de « lieutenant Cartier », puis devient champion de France (1953). Prince des aphorismes (« La partie est toujours gagnée par celui qui commet l’avant-dernière faute »), il baptise la Catalane et l’Orang-outan.
Richard Réti
1889 – 1929 · Tchécoslovaquie (né en Hongrie)
Chef de file, avec Nimzowitsch, de l’école hypermoderne : le centre peut se contrôler à distance, par les pièces. Auteur du classique Les idées modernes aux échecs, il met fin en 1924 à New York à huit ans d’invincibilité de Capablanca. Compositeur génial (son étude de 1921 est la plus célèbre de toutes), recordman de simultanées à l’aveugle (29 parties à São Paulo en 1925), il meurt de la scarlatine à 40 ans.
Friedrich Sämisch
1896 – 1975 · Allemagne
Fort maître allemand des années 1920, il a laissé son nom à deux variantes majeures : la Sämisch de l’Est-indienne (f3) et celle de la Nimzo-indienne (4.a3). Célèbre aussi pour ses terribles zeitnots : vers la fin de sa carrière, il perdit au temps une longue série de parties dans un même tournoi.
Lhamsuren Myagmarsuren
né en 1938 · Mongolie
Maître international mongol, quatre fois champion de son pays (1965, puis 1980 à 1982). Il reste connu dans le monde entier pour avoir été la victime de l’une des plus belles attaques de Fischer, à l’interzonal de Sousse en 1967.
À voir sur YouTube
Le saviez-vous ?
Dans la partie Sämisch – Nimzowitsch, la position finale est si célèbre qu’elle a donné son nom au concept : « l’Immortelle du zugzwang » (Immortal Zugzwang Game).
Voir aussi la page de la case g2